19.10.2006

Ripsokindunéô

Mardi dernier, j'ai officiellement fait ma rentrée (et vous pouvez gueuler, mais vous rirez à la Toussaint) : après avoir glorieusement passé mon examen de padawan l'année dernière, me voici embarquée dans un Mâster Two, en européen dans le texte. Après avoir sondé les inextricables faisceaux de relations entres petits grecs archaïques, pour démêler la signification des notions d'amitié et de haine chez Homère et ses petits amis... Je recommence, cette fois chez Sophocle. Ne riez pas ! Les mauvaises langues -sisi, il y en a - estimeront le sujet passablement rasoir, et estimeront peut-être que, franchement, savoir si machin, s'estimant pote de bidule, lui fracassait le crâne ou lui faisait des bisous, ce n'est pas fondamental. Personnellement, j'estime que la question des rapports à autrui est forcément toujours quelque chose qui interpelle, et qu'il n'est pas inintéressant d'aller chercher à la source de notre culture littéraire comment ils ont été établis, quels problèmes ont été d'emblée soulevés... Et alors, là, en plus travailler sur Sophocle, j'ai envie de sauter au plafond et de danser le sirtaki toute la nuit ; bien sûr que je ne dirai sans doute rien de très neuf, mais je me ferai plaisir, au moins autant que l'année dernière. Je suis ravie de continuer avec ma gentille directrice de maîtrise, celle qui rajoute des demi-points "parce que vous jouez du violoncelle", et qui, en guise de soutenance, m'explique pourquoi notre commune ville natale, Boulogne-Billancourt, elle préfère l'écrire Boulogne sur Seine, oui oui c'est beaucoup plus chic, n'allons pas nous mêler aux péquenots de Renault, et oh tiens vous aussi vous vous êtes pincée le doigt, tralala. Dooonc, cette prof qui n'a pour seul défaut qu'une tendance un peu exagérée à la clope (mais avec un bon masque à oxygène son bureau est très fréquentable), bref cette prof nous conviait gentiment mardi dernier à son séminaire. Faisant désormais office de vétéran, en tant qu'étudiante doctorisante", je m'installai à ma place habituelle, pénultième rang, complètement sur la gauche, celui pas du côté de la fenêtre mais contre les bibliothèques pour lire les titres des bouquins, en frémir, et ainsi passer convenablement le temps. Les mêmes graffiti mignons me tiennent compagnie comme l'année dernière : "à bas le racisme", "UMP = Une mauvaise Politique", "Raël au pouvoir", et depuis peu un très chic "EPA THS MHTROS SOU", ce qui en mauvais grec donne quelque chose comme "aime ta mère" ; je dis mauvais pour faire genre parce que le possessif (sou) me paraît superflu en l'occurence, les Grecs étant eux assez futés pour se douter qu'on ne leur demande pas d'aimer la mère de leur voisin. Bref, comme je me flattais de cette missive à l'évidence placée là à mon intention, comme un clin d'oeil à une note fameuse du présent blog, j'entendis derrière moi une exclamation : Ripsokindunéô ! Je brandis mon paquet de mouchoir et m'apprêtai à le tendre à ma voisine de derrière, manifestement prise d'une brusque crise d'éternument, mais point du tout, elle se portait comme un charme, et griffonnait quelque chose sur son cahier. Mon regard perplexe la poussa à la confidence. "Je viens de trouver mon nouveau mot grec favori ! Ripsokindunéô ! -Ah...euh, très bien", fis-je, étonné par l'enthousiasme et les occupations des jeunes générations ; en même temps, ce n'est pas plus stupide que de lire les titres des bouquins de la bibliothèque. "Et, euh...ça veut dire quoi ?" - Je me jette dans le danger." Le mot me semblant en effet tout à fait à croquer, je l'ai noté à mon tour, et ai hoché la tête d'un air pénétré. Comment, de fait, eussé-je pu plus joliment annoncer à mes joyeux lecteurs que, ça y est, je me lance à corps perdu dans une nouvelle année de dur labeur, pleine d'enthousiasme et de bonnes résolutions ? Enfin, du moins de la bonne résolution de TRAVAILLER ASSIDUMENT, ce qui n'est déjà pas si mal ? Il y a une semaine, j'ai traversé une crise d'angoisse assez forte, au point d'en avoir des douleurs m'empêchant de dormir, des espèces de boules de nerfs qui faisaient des allers-retours dans mon buste. De fait, je m'aventure dans un terrain qui m'intimide et dont je sais à peu près qu'il ne me convient pas : autant j'ai pu faire illusion auprès de ma camarade de Boulogne-Billancourt -Sur Seine, pardon, autant je pense que mon master 2 a intérêt à être en béton : déjà, il serait bon que cette année je m'inscrive à la bibliothèque de la Sorbonne (ahem). Non parce qu'en plus, avec ma bonne note précédente, j'ai la pression, et à défaut de faire aussi bien, je voudrais faire pas trop trop mal. Histoire que ma chère directrice n'aille pas se couvrir le visage de cendre et se lacérer la peau avec ses ongles. Ensuite, en violoncelle, j'ai eu une vilaine période de remise en question ; il faut savoir que le conservatoire est très manifestement bien impatient de me voir quitter les lieux ; déjà que j'ai intérêt à pas trop trop aller ennuyer les gentils accompagnateurs, maintenant il semblerait qu'ils ne veuillent pas entregistrer l'info selon laquelle sisi, je suis bien inscrite ! Un peu à la bourre, certes (voir une note précédente), mais je suis là. Oh, pas pour bien longtemps, soyez tranquilles, c'est la dère des dères. Avec, cette année encore, je le crains, un concert à la fin de l'année. Ce qui ne va pas être simple puisqu'à partir de janvier nous serons dispachés on sait pas où, notre bonne vieille ruine étant apparemment vraiment trop en ruines pour nous accueillir et nécessitant des travaux conséquents. Bref, vu ce qui s'est passé l'année dernière, j'étais plus trop sûre de vouloir recommencer. Pour m'entendre dire que c'est me faire la charité que de me laisser jouer... Ah, si j'avais un enregistrement, je pourrais me faire une idée ! Mais j'en ai pas : tout ce que j'ai, c'est des réflexions permanentes comme quoi j'ai un niveau pourri, et "ah, ça c'est super comme morceau mais c'est trop dur pour toi". Eh oui, je suis quelqu'un de très modeste, c'est connu, et un peu trop connu, alors on ne se gêne pas pour me rappeler combien les autres sont infiniment meilleurs que moi ! Du coup, j'ai bien failli lui dire, à ma brave Noël, que finalement, très peu pour moi, j'avais pas l'intention de faire du mal aux pauvres petites oreilles de mes chers auditeurs en leur infligeant les extraits des mélodies pour jeunes violoncellistes à chier, que tant qu'à faire qu'elle me fasse juste bosser des trucs très durs et très chiants qui amélioreraient un tant soit peu mon niveau apparemment si piètre, au moins ce serait stimulant. Bon, je me suis calmée, depuis, et a priori il n'y a pas de raison que cette splendeur bis, my new concert, ait bel et bien lieu. Je puis même vous annoncer en exclusivité mondiale que : 1) Ce sera le 22 mai (si c'est pas de la planification, ça !) 2) Ce sera autour du grand, génial, merveilleux, fin, etc, Offenbach. On va croire que c'est une idée fixe mais ça m'est égal. Allez, zou, ripsokindunéô ! Et tant pis si personne ne vient, si c'est moche et si tout le monde se fout ouvertement de ma guele, puisque de toute façon on ne reverra plus, après ça, ma sale bobine. :D Un peu de patience, mes grands, bientôt la quille ! La question du violoncelle réglée, je m'empresse de courir, très très vite, jusqu'à la villa Malesherbes, située logiquement au métro Malesherbes, et particulièrement peu accessible depuis le conservatoire Poulenc ; à ce propos, comme on parle de délocalisations machin, si à partir de janvier, donc, on pouvait mettre mon cours de violoncelle dans les parages, ça m'aiderait beaucoup. J'aurais pas à courir après les rer pour filer en cours de "civilisation néo-hellénique", consistant pour le moment à la contemplation endormie de photographies de l'acropole d'Athènes. Ceci faisant partie de mon tout nouveau tout beau cours de...Grec ! Ici, nos lecteurs se grattent le menton ; puisqu'on peut être en M2 sans avoir jamais fréquenté la bibliothèque de la Sorbonne, peut-on aussi être en lettres classiques sans avoir jamais fait de grec? Ben, oui, parce que là c'est du grec moderne, en fait. Hahaha. Encore un domaine pour lequel je peux dire "ripsokindunéô", vu que c'est quand même plus périlleux que de dormir en cours d'anglais comme l'année dernière. Surtout quand on déboule au premier cours avec une heure de retard, quand comme moi on n'a pas de tête. N'empêche que, je suis peut-être une crasse en violoncelle, mais ma petite oreille musicale me donne quand même des facilités quand il s'agit de choper les accents : à peine débarquée, "Kalispera", je m'assois, un quart d'heure plus tard le prof me demandait de répéter : "L'enfant et la table", en saisissant la subtile différence de prononciation entre le delta de Paidi et le Dzêta de Trapédzi ; et il trouvait ça très bien. *fière comme tout* Le tout se prononce en fin de compte en gros "To péd'hI ké to trapEzi", avec les accents ; et encore, on a du bol, depuis 1981 les esprits et les circonflexes ont disparu. La prononciation n'a rien à voir avec celle "érasmienne" de nos textes antiques, du coup c'est un peu complexe au début d'y comprendre quelque chose ; mais franchement, c'est trop, TROP joli. (oui, j'en suis tellement émue que j'en parle djeune) La plupart des consonnes se sont assourdies, avec les r roulés, les petits i partout, et les jolis accents par-dessus tout ça, on dirait un petit ruisseau qui roule dans un lit de velours. Alors, ouais, Ripsokindunéô ! Enfin, je veux dire... "Rlipszokind'hinèèèo". Ou quelque chose dans ce goût là.

20.09.2006

Hors Saison

Quand il y a un temps pareil, je me dis qu'il doit y avoir là-haut un type qui s'occupe de faire la pluie et le beau temps ; tous les jours, rebelote, il sort le pot de peinture, et il badigeonne le ciel, un grand coup de bleu par ci, deux trois nuages flippants par là, et, le soir, on écoule ce stupide pot de rouge décidément trop flashy pour une chambre à coucher. De temps en temps, ce type en a assez, et il se met en grève ; ou alors c'est un décorateur intermittent du spectacle, alors il proteste contre ses excécrables conditions de travail : on a beau dire, peiturlureur de ciel c'est un boulot précaire, on sait jamais quand il nous tombera sur la tête. Bref. Ces jours-là, le ciel est blanc. on peut même pas dire qu'il fasse franchement moche, simplement moite, chaud, et pas beau ; à se demander comment, avec un foutage de gueule pareil, le type se fait pas virer (mais sans doute qu'ils le remplacent, qu'il l'envoient en enfer et tout ?). En tout cas, moi, l'usagère moyenne, j'allais pas me laisser faire comme ça et céder aux altermoiements d'un artiste tourmenté, non mais zut alors, j'ai aussi droit à un peu de couleur dans mon ciel ! Je veux dire, on se tape régulièrement des trombes d'eau à chaque grand nettoyage de la toile, alors bon, ils pourraient se fouler un peu pour la déco. Donc, brandissant un cierge vers le ciel, j'ai prié très fort sainte Fleur -bah oui, je ne sais pas qui est le saint patron des décorateurs, alors j'ai pris ma soi-disante patronne, qui doit en vérité avoir déjà suffisemment de travail avec les Rose, Capucine, Marguerite, Jacinthe, Lily, Violette, sans s'attarder longtemps sur les dérivés dans mon genre. N'empêche que, mine de rien, ma prière a dû être entendue, parce que peu après, en relevant le nez, j'ai constaté un net progrès : azur moucheté de petits nuages blancs, voilà du travail comme je les aime. Bon, c'était peut-être un peu surfait, le ciel à la Magritte, beau comme une tapisserie, mais enfin je pouvais difficilement me plaindre de ce (argh ! déjà !) dernier jour d'été. Demain, nous serons en Automne, nous aurons officiellement le droit de nous gaver de pommes, poires, scoubidoubidouwouah, noix diverses et variées, huîtres (enfin ça maintenant faut peut-être se méfier)... J'aime l'automne ; quoi qu'ai pu laisser penser le début de cette note, je n'ai rien contre le mauvais temps, pourvu qu'il soit franchement mauvais. Après tout, mon C&T et moi nous bisoutâmes pour la prime foâs sous un ciel des plus maussades, et ça n'a pas été de mauvais augure : bisou pluvieux, bisou heureux, dit le proverbe (mais si mais si). Seulement, avec cette nouvelle saison qui démarre, je me rends compte que je suis vaguement, mais alors très vaguement décalée par rapport au reste du monde ; hum, enfin, disons plus simplement par rapport à la plupart de mes connaissances. Je ne parle pas de mes frères et soeurs qui, rivés 24h sur 24 et 365 jours par an devant leur écran, e doivent guère se soucier de la ronde des saisons. Mais, plutôt, de la catégorie vaguement plus représentée des gens qui sortent parfois de chez eux, généralement pour aller travailler. Ladite catégorie est généralement aussi celle qui profite en juillet août de vacances délicieuses, à la mer, à la montagne, à la campagne, quoi qu'il en soit une catégorie que, non, je ne plaindrai pas, car j'ai pour ma part passé deux mois à bosser, pour la première fois de ma vie ; accouchement douloureux et difficile pour aboutir à une petite crevette de 1,4 centimètres d'épaisseur, mon "mémoire" de mâââster 1 (padawan pour les intimes). Moi qui suis incapable de travailler par moi-même, et encore moins sur le long terme, vous parlez d'un exploit ! Depuis 8 jours exactement, le bébé repose à la maternité, où il attend de savoir si, oui ou non, il est viable. Euh, je veux dire, je l'ai rendu le douze, et j'attends la soutenance ; il me reste également huit jours -voyez comme les choses sont organisées- pour répondre aux questions suivantes : - comment ai-je procédé ? - quelles difficultés ai-je rencontré ? - quel plaisir ai-je pris dans cette activité ? - question susidiaire : pourquoi ai-je mis tant de temps ? Voilà un entraînement digne d'un quizz de Vincenttheone. Alors voyons... => Comment j'ai procédé ? Ben j'ai lu, lu, lu, lu, relu, j'ai regardé ma montre, j'ai paniqué, j'ai fait un plan en quatrième vitesse, j'ai attendu que les émeutes se tassent, j'ai soufflé un peu, j'ai re-regardé ma montre, j'ai relu encore une petite fois, j'ai tapé, j'ai retapé, j'ai perdu des bouts de mémoire en route, j'ai re-retapé, j'ai hurlé à la mort, j'ai tapé encore un peu, et voilà. Mais je pense qu'il va falloir présenter les choses un peu différemment, non ? => Mes difficultés ? Par quoi je commence ? Par mon angoisse croissante face au "monstr" Homère ? Par les poètes tellement connus qu'il faut les lire en bibliothèque ? Par le fait que les bibliothèques, je suis justement allergiques ? Ou, plus drôle, par le récit épique de mes mésaventures informatiques, mon jonglage permanent entre 5 ordinateurs, avec pertes de notes au passage, et plus si affinités ? A moins que je ne rédige un long hymne à la force d'âme dont il m'a fallu faire preuve pour lutter contre ma légendaire flemme ? => Plaisir... mais si, c'est vrai, j'y ai pris du plaisir, en plus ; non, je me carresse pas avec mes exemplaires des épopées homériques, mais c'est vrai qu'avoir un axe de lecture, ça permet de discerner l'extraordinaire richesse de cette littérature ; bien sûr, au bout de la troisième annotation des bouquins on finit par plus en voir le bout, mais franchement, si un jour vous faites un mémoire, ne vous laissez pas embobiner par tel prof qui voudrait un cobaye pour s'occuper de tel machin bidule rabougri que sa femme de ménage à retrouvé tout en bas de sa bibliothèque, et frottez-vous à des auteurs qui vous plaisent. D'ailleurs, l'année prochaine (si année prochaine il y a), je compte bien retrouver l'amour de ma vie, Sophocle, et ses joyeux comparses. Là, je crois que je vais vite en besogne, mais passons. => Pourquoi ai-je mis tant de temps ? 1) parce qu'étudier Homère, c'est sans fin 2) parce que pour se frotter à la bibliographie le concernant, il faut du courage que je n'ai pas. 3) parce que le CPE (un mois sans voir sa directrice, forcément...) 4) parce que mon sublimissime (ahum) concert, parce que les répétitions dans tous les sens et les déplacements. 5) parce que la déprime après certains commentaires sur ledit concert (passons ! ^^) 6) parce que l'amûr 7) parce que l'informatique et moi (rien à voir avec le point n°6) Il y a donc au moins une des questions que j'ai creusées ; je pourrais également ajouter que je suis toujours, toujours en retard dans tout ce que je fais, hélas ; oh, ça ne m'amuse pas de faire ma maligne, je pense que ce serait nettement moins stressant d'arriver à faire les choses bien à temps ; mais c'est plus fort que moi, je peux pas m'en empêcher : il faut toujours que je fasse le 20 septembre une réinscription au conservatoire qui aurait dû être bouclée le...euh, j'ai un peu honte là... 24 juin. Oh, bah quoi, on est encore en été, hein ! Bon, d'accord, d'accord, demain, je me plierai aux exigeances du calendrier, j'accepterai définitivement le fait que nous sommes en automne ; ce que n'avaient pu me faire accepter mes sorties d'écoles, les marronniers bruns, mon pseudo-érable roux, les angoisses professorales de mon C&T à l'approche de la rentrée, monsieur l'almanach me le fera entrer dans le cerveau : on ne peut pas être toute sa vie en décalage temporel ; on ne peut pas décider le 12 septembre que les vacances commencent, alors que le corps épuisé par deux mois d'efforts intensifs vous donne l'impression d'être en novembre. Il me reste donc une semaine pour me mettre au diapason. On appellera ça mon été indien... [une note qui commence par du Cabrel et qui finit par du Joe Dassin, ben dis-donc, mon vieux, heureusement que j'ai dit que c'étaient les vacances !]