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15.07.2006

Mamma

medium_carton_zizou.jpgActe I
Lors de la finale de la coupe du monde de football 2006, Zinedine Zidane assène un coup de tête dans la poitrine d'un joueur Italien et a reçu un carton rouge, synonyme d'explusion.

Acte II
Chacun de déplorer ce geste bien malencontreux chez un joueur si talentueux, à la veille de sa carrière. Tout le monde se demande ce qui lui a pris.

Acte III
Les plus grands spécialistes de lecture sur les lèvres sont consultés, et disent 1) que l'Italien a traité Zidane de terroriste 2) qu'il a insulté sa mère.

Acte IV
Zinedine Zidane, interviewé en grande pompe, confirme que sa soeur et sa mère ont été insultées. Il s'excuse auprès des enfants et éducateurs, mais ne regrette pas son geste, car ce serait cautionner ce qu'a dit l'Italien.

Acte V
La majorité de la presse française voit dans cette réaction une démonstration du "nif", du sens de l'honneur de Zinedine Zidane. De son côté, le joueur italien dément, en précisant 1) qu'il est trop inculte pour savoir ce qu'est un terroriste (sic !) 2) qu'il ne se serait jamais permis d'insulter la mère de Zinedine Zidane, la mamma étant sacrée en Italie.



Je ne me permettrai aucun commentaire sur la tournure prise par cette affaire, laissant à d'autres internautes le soin de délirer sur ce fameux "coup de boule".

En revanche, je reste interloquée par cette idée selon laquelle un geste violent peut se justifier face à une parole particulièrement dure, le summum étant l'insulte à l'égard de... la maman, considérée donc comme "ce qu'il y a de plus sacré".

Il se trouve que j'ai dernièrement pioché dans la bibliothèque familiale un poche au pif, intitulé Le livre de ma mère, et écrit par Albert Cohen.

medium_le_livre_de_ma_mere.jpg


La quatrième de couv' était assez prometteuse, jugez plutôt :

"C'est un chef d'oeuvre, le Livre de ma mère est un livre unique dui durera. La plus belle histoire d'amour". Marcel Pagnol

"Le chant d'amour le plus émouvant, le plus délicat". Le Figaro

"Le Livre de ma mère est l'un des plus beaux romans d'amour qui n'aient jamais été écrits". Paris-Match

"Un livre lu dans le monde entier" Le Journal de Genève


Bon, je l'ai terminé, ce bouquin, et je suis navrée pour feu-monsieur Cohen, mais j'ai eu envie de lever les yeux au ciel d'un bout à l'autre du bouquin. Remarquez bien que, niveau empathie, je suis peut-être pas une référence : ce même soir de la finale, comme j'étais dans le métro, deux supporters un peu fous sont entrés dans mon wagon et ont commencé à chanter "allez les bleus" en sautant partout, au point de faire bouger ledit wagon dangereusement. Outre que je trouvais le fait de souhaiter la victoire des bleus totalement idiot (voir précédemment), j'avais pas trop envie qu'ils cassent ma rame, et... et quleques secondes après que j'aie souhaité très fort "qu'ils s'arrêtent !", l'un des supporters enfiévrés s'est cogné la tête contre une de ces poignées du plafond qui servent à s'accrocher en cas d'affluence. Ben vous savez quoi, en regardant sa copine lui éponger le crâne sanglant avec un kleenex, j'ai pas pu m'empêcher d'éprouver une grande satisfaction ; et pourtant, j'aurais dû éprouver une certaine sympathie pour ce pauvre type, m'étant moi-même peu de jours auparavant cogné pareillement la tête sur un casier de piscine après avoir ramassé ma pièce de 50 cents tombée à terre.

medium_freaks.jpgParenthèse terminée. Donc, pardon, mais le livre de ma mère m'a atterrée. Pendant un peu plus de cent pages, si ma mémoire est bonne, le narrateur autobiographe déclame son amour pour sa mère disparue, son désespoir maintenant qu'elle est morte, etc etc. Sa gentille petite mère, qui était un peu idiote mais qui l'idolâtrait, qui l'attendait des heures sur un banc, qui était malade de le laisser partir tout seul, qui s'empêchait de manger pour qu'il la trouve mince... Enfin, pardon, mais je trouve ça complètement démesuré et ahurissant qu'on puisse considérer ça comme un modèle. Ca me rappelle ma soeur qui me racontait qu'en Italie, justement, où elle avait vécu, ses colocataires recevaient des cartons envoyés par la mamma, contenant les produits maison (car bien sûr c'est mamma qui fait la meilleure polenta, le meilleur saucisson, le meilleur tiramisu...), mais aussi des éponges ou du dentifrice car vous pensez bien que les pauvres chéris n'auraient pas été capables de s'en acheter tout seuls.

L'autre jour, rebelote : le château de ma mère à la télé, Pagnol et sa "chère petite maman". Et maintenant, Zidane homme d'honneur ?

Peut-être que je suis une fille indigne. Sans doute que je ne dirais pas cela si elle était décédée, mais... je ne suis pas en béate admiration devant ma mère. Bien sûre je serais choquée si quelqu'un l'insultait, mais pas davantage que si c'était moi ou n'importe quelle personne que j'aime.

Je dois même avouer que je suis assez critique vis-à-vis de ma mère. Elle me fait régulièrement l'effet en résumé d'une petite fille essentiellement centrée sur elle-même, sur ses plantes et sur la façon dont elle présente auprès de ses ami(e)s. Ma soeur m'a même raconté qu'à l'époque où ça allait assez mal entre elle et mon près, notre mère venait la réveiller au milieu de la nuit pour lui raconter ses déboires, en lui énumérant à l'occasion les maîtresses de mon père.

Cette note suivant un fil rouge et non glauque, je n'irai pas plus loin à ce sujet, mais toujours est-il que ma mère et moi nous ne partageons certainement pas la même conception de la vie, et j'avoue ne pas bien comprendre qu'un attachement viscéral à sa mère soit perçu comme quelque chose de hautement louable, et excusant tout. Je veux dire... faut quand même couper le cordon, à un moment, non ? Personnellement, ça me fait un peu flipper, toutes ces filles des amis de mes parents qui ne rêvent qu'à une chose, se trouver un mari et faire un gros mariage bien comme il faut, avec robe blanche et faire-part sur velin. Et puis faire des gosses qui alimenteront leurs conversations avec leurs copines.

medium_Mutter.jpg


"Amours de nos mères, à nul autre pareil", écrit Albert Cohen. Oui mais, comme dit l'autre, l'amour ne suffit pas. Il y a quelques temps, ma mère et ma soeur se sont assez violemment disputées parce que ma soeur lui a dit qu'elle ne voulait pas se marier ni forcément avoir d'enfants ; ma mère s'est sentie blessée, considérant qu'une telle attitude prouvait qu'elle était une mauvaise mère.
C'est sûr qu'on peut pas dire qu'on ait été des enfants couvés ; mes parents nous ont souvent laissés faire des choses qui, quand j'y repense, m'effraient un peu. Ils n'ont jamais appelé la police quand on rentrait un peu tard de l'école, c'est d'ailleurs moi qui conduisais mon petit frère à la maternelle... Mais je ne m'en plains pas, au contraire. Et j'estime que le fait que ma soeur ait une vision des choses différente de celle de sa mère est plutôt la preuve qu'elle nous a bien élevés. Je dis ça d'autant plus volontiers que je ne suis pas forcément d'accord avec ma soeur ^^

Nos amis les Grecs (enfin, mes amis, pour vous je ne sais pas ^^) considéraient la fonction maternelle comme le propre, l'essence même de la femme ; ils pensaient qu'existait chez la femme une "matrice", qui se promenait dans leur corps, "un être vivant possédé du désir de faire des enfants". (Platon, Timée, 91c). Une conception de l'anatomie féminine qui a peut-être été abandonne par la suite, mais Marie-Antoinette ne me contredira pas lorsque je soutiendrai que les enfants ont longtemps été perçus comme ce par quoi les femmes accédaient à un véritable "statut", si j'ose dire. Or les derniers événements me laissent à penser que cette conception a encore de beaux jours devant elle.

Alors c'est quoi, mon problème ? Ma matrice est en panne ?
Je n'ai pas l'impression de manquer de fibre maternelle, j'avoue qu'au contraire de ma soeur je serais bien malheureuse de ne pas pouvoir avoir de gosses, et j'adore mon boulot de baby-sitter. Alors suis-je une fille indigne ? Notre mère nous reproche régulièrement de se moquer d'elle, de toujours la contredire ; j'ai peur qu'elle croie que ses enfants ne l'aiment pas. Alors je voudrais ici mettre les choses au clair : ma petite maman chérie, si quelqu'un te traitait de pute, je ne pense pas que je lui ficherais pour autant un coup de tête dans la poitrine, ce n'est qu'une insulte qui abaisse davantage celui qui la profère que celui qui la reçoit. Ma petite maman chérie, je ne suis pas forcément toujours d'accord avec toi, et si j'avais été dans ta peau ma vie aurait certainement été différente de la tienne. Mais c'est aussi et surtout pour ça que je t'aime.

Commentaires

ahlala qu'est-ce que je suis d'accord avec toi! Je ne l'aurais pas mieux exprimé. Je suis outrée depuis quelques jours que tout le monde semble trouver finalement assez normal, assez noble que Zidane ait frappé l'Italien tout ça parce que ce dernier a insulté sa mère et sa soeur 0o Perso, je considère pas qu'on puisse péter les plombs juste pour une ou deux insultes débiles. Perso, je ne réponds jamais à ce genre d'insultes.

Enfin, j'ai pas le culte de la mère non plus. Je ne me vois pourtant pas ne pas avoir d'enfants. Je veux des enfants et je sais que j'en aurais, quoi qu'il arrive. Mais j'ai pas le culte de la mère, les parents ne sont pas des gens parfaits, loin de là, ce sont des êtres humains comme tout un chacun.

Enfin bref, voilà, je suis d'accord! :D

Ecrit par : Mdam_marguerite | 15.07.2006

merci mman (l'autre ^^) :p j'suis contente qu'on soit deux au moins de cet avis ^^ (bon évidemment on est souvent du même avis mais bon, c'pas forcé non plus qu'on soit d'accord, hein)

Ecrit par : touille | 15.07.2006

L'entraîneur de L'AJ Auxerre a même considéré que Zidane n'avait pas frappé assez fort. Je crois que tout ce foin concernant l'honneur, les "couilles" (dixit un journaliste) de notre cher ami Zidane, est dû au fait qu'étant déifié, on se voit mal le descendre de son piédestal.

Outre que je trouve que c'est un merveilleux exemple pour les enfants : bien sûr qu'il faut frapper les gens quand ils vous insultent voyons, et même qu'ils ne puissent pas se relever, je trouve que c'est une belle démonstration du chauvinisme sain(t) qui traverse notre Nation bien aimée à chaque fois qu'il y a des manifestations sportives.

Bref, Vive Zidane, et Vive la France ! Qu'on prenne le trophé aux italiens cette bandes de vicelards mangeurs de pâtes et qu'on le redonne à la Sainte Nation au-dessus de toutes, je n'ai même pas besoin de la nommer tant il est évident qu'il s'agit de la France.

Plus sérieusement moi aussi je trouve ça affligeant et je suis contente d'entendre enfin quelqu'un pour le dire. Concernant le culte maternel, je me permets de vous rappeler ce vieil adage : "Toutes des putes, sauf ma mère et ma soeur." Qu'ils sont mignons...

Ecrit par : Irrlichter | 15.07.2006

...qui sont des saintes ! Meugnons comme tout ^^ Merci d'être passée dans le coin, mdame. Même si c'est pour confirmer ce qui nous afflige ! ^^ Bref ; je vais plutôt continuer à regarder des matches de tennis, ne serait-ce que parce que, quoi qu'il arrive, je sais qu'à la fin les deux adversaires se serreront la main.

Ecrit par : touille | 15.07.2006

Beau texte! Je voudrais seulement connaître ce que tu penses des pères.

Ecrit par : marcel | 16.07.2006

Je te dirai ça quand j'aurai terminé les Frères Karamazov :p

(va pas me diagnostiquer un complexe d'Oedipe ^^)

Ecrit par : touille | 16.07.2006

Personnellement, j'ai énormément de respect et d'estime pour ma mère (virtuelle ou non). Mais pas parce qu'elle est ma mère, mais tout simplement parce que c'est quelqu'un de bien. Si elle avait été une amie célibataire, ou nonne, c'eût été pareil.

Ecrit par : Ano | 18.07.2006

si ça avait été une soeur plutôt qu'une mère, donc ? (pardon, faut que je me repose un peu, je crois)

Ecrit par : touille | 18.07.2006

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