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22.06.2006
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Minute culturelle.
A ce qu'ont dit et répété et encore répété une petite fois pour la route les membres masculins de ma famille au moment de l'élection de notre dernier pape, depuis qu'une certaine papesse Jeanne a jadis défrayé la chronique romaine pour finir en cloque, on vérifie désormais que les nouveaux élus à cette noble fonction ne risquent pas de remettre l'Eglise dans un tel embarras ; je-ne-sais-qui a pour mission de tripatouiller notre pape en question là où vous pensez, puis déclare solennellement :
"Duos habet, et bene pendentes".
J'aime commencer mes notes par de belles histoires ! Surtout que, pas plus tard qu'avant-hier (il faut bien deux jours pour que j'arrive à recracher ma phrase en latin, après ça), j'avais de quoi m'écrier, au seuil du plus profond désespoir :
"Duos habebam, et bene pendentes !"
Alors, pour ceux qui tireraient des têtes bizarres, non non, je ne m'appelais pas Violain dans une vie antérieure, je n'ai pas trop regardé Nip Tuck, en somme je n'ai rien de commun avec ce cher bon vieux Tirésias qui -deuxième minute culturelle pour le plaisir de se culturer, si vous n'iêtes pas contents plantez-vous devant un match-, eut cette particularité de naître homme, d'être transformé en femme, puis retransformé en homme ; Héra rendit aveugle le malheureux qui avait osé révéler qu'en amour, c'était incontestablement en temps que femme qu'on prenait le plus de plaisir.
Bon, eh bien tout cela n'était vraiment que pour faire ma maligne, parce que mes deux pendentes qui ont disparu, ce sont juste deux pantalons que j'ai achetés cet hiver, un jean basique et un en velours bleu, qui avec le refroidissement de la température me manquèrent beaucoup au moment de décider de ma tenue du jour. Désespérée, j'ai fouillé tous les placards de la maison, histoire de voir si quelqu'un ne les aurait pas empruntés, bien qu'en général cette pratique se limite chez moi aux paires de chaussettes (ça doit être notre petit côté communiste). Point de pantalon, ils ont disparu et je suis très malheureuse, du coup j'en ai piqué un dans le placard de mon petit frère, il n'a pas eu l'air de trop broncher, tant mieux.
A partir de là, de ce passionnant délire sur des pantalons (fashionista à mort, mwa), j'en suis venue à l'idée que ma vie, soudainement, semblait diablement régie par la toute-puissance du nombre 2, pour un tas de raisons que je vais essayer de retrouver mais que je ne retrouverai évidemment pas. 2 n'est pas un chiffre qui m'est très cher (je suis folle, abattez-moi et le troupeau avec), et étant née la troisième un trente mars, c'est un chiffre que j'ai toujours eu un peu tendance à snober. Ou à trouver snob. Bref. Mais il se trouve que ce trente mai dernier, j'avais très exactement 22 ans et 2 mois, et que c'est cet anniversaire que mes amis m'ont souhaité, en m'offrant (tiens) 2 fois 2 cds. Avouez que si c'est pas du lavage de cerveau, ça, je sais pas ce que c'est. Donc, hochant penaudement la tête, j'ai daigné jeter un coup d'oeil au 2, j'ai soupiré un coup, hausé les épaules, et maugréé en ouvrant les bras : "Oki, oki, viens faire un câlin, quand y'en a pour trois y'en a pour deux" (Okay, j'avoue, c'est nullissime, mais je manque un peu de sommeil) ; surtout en ce -hahaa ! - 22 / 3x2
Après donc ma mémorable séance d'habillage de l'autre jour, j'ai eu cours de violoncelle ; maintenant que le 2 et moi sommes sinon amis, du moins en cohabitation pacifique, je puis vous entretenir de la très tragique et malheureuse histoire des deux mains ennemies.
Il était une fois une petite fille qui avait deux mains, une à gauche et une à droite. Jusque là, rien que de très normal, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et les deux mains s'entendaient à merveille. Elles se faisaient des petits signes amicaux le matin, de chaque côté du torse, s'applaudissaient l'une l'autre, et s'adonnaient à tout un tas d'activités passionnantes comme le lacer de chaussures ou la pâte à modeler.
Mais un jour, la petite fille, qui était vraiment très bête, décida de faire du violoncelle. Et ce fut le début de la fin. Les deux mains commencèrent à faire bande à part. Enfin, plus vraiment "bande" puisqu'elles se retrouvaient précisément toutes seules chacune de leur côté, mais vous m'aurez comprise. La main gauche, qui était une aventurière, décida de se promener sur le manche du violoncelle ; c'était une activité qui demandait de la précision et du doigté, de la rapidité et de la fermeté. Furieuse de s'être vue privée de ce qui lui semblait le plus rigolo, la main droite, qui avait mauvais caractère, s'empara d'un morceau de bois sur lequel étaient tendus des crins de chevaux, frotta ce curieux instrument, appelé archet, sur une sorte de résine collante et la fit grincer sur les cordes de l'instrument.
"Et toc !" fit la main droite, qui avait déjà mal pris le fait que la main gauche, en dépit de toutes les règles statistiques, lui ait déjà piqué l'écriture (notre violoncelliste était gauchère et fière de l'être). "Et toc !", donc, fit la main droite. "Tu te balades peut-être, sale petite tarentule, mais moâ je fais sonner l'intrument, c'est moi qui crée le son, et quand tu t'échines à faire tes sauts de puce comme une petite surexcitée maladroite, je montre, moi, toute ma souplesse, ma légèreté, ma subtilité et mon art des nuances". La main gauche, qui était précisément en train de se lancer dans un audacieux démanché do - ré bémol, s'étrangla de colère devant l'arrogance de cette sale mégère qui, du bas de la touche, osait faire sa mijaurée. Elle rata son démanché, et cela la mit de plus en plus en colère. La main droite, elle, ça l'amusait beaucoup, et, rien que pour embêter sa consoeur, elle faisait n'importe quoi. Faisant tanguer l'archet de la touche au chevalet, elle réduisait diaboliquement à néant les efforts de la pauvre main gauche, qui tentait et retentait des dizaines de fois de jouer juste. Lorsqu'il s'agit de jouer des doubles croches, pendant bien longtemps il fut impossible de mettre les deux mains d'accord pour qu'elles jouent ensemble. La main gauche appuyait-elle le majeur après l'index sur sa corde que la main droite en était déjà à la fin du trait. Bref, elles étaient irréconciliables.
Et notre violoncelliste, dans tout cela, me direz-vous ? Eh bien, notre violoncelliste, force m'est de l'avouer, n'était pas tout à fait impartiale. La nuit, la main droite se faufilait doucement jusqu'à son oreille et lui murmurait tout bas : "c'est à gauche, c'est à gauche que rien ne va ! Dis, ta main gauche, je voudrais pas dire, mais quelle saleté celle-là ! Son fa dièse de l'autre jour, ben dis, c'était quelque chose !"
Et la violoncelliste, qui était un peu bête et très influençable, s'énervait contre la pauvre main gauche qui, certes,n'était pas des meilleures, mais faisait ce qu'elle pouvait. Pas comme l'autre teigne soi-disant douce, souple et gentille qui faisait secrètement des siennes en profitant de ce qu'on ne la regardait pas. Alors bien sûr, le professeur de violoncelle n'était pas dupe, lui, et il criait sur la main droite, qui l'avait bien mérité la vilaine : "Eh, toi, grosse feignasse ! T'as fini de te tourner le pouce ? Refais-moi ce mouvement de souplesse, allez, zou !" Et la main droite, qui n'osait trop rien dire, se bougeait vaguement les fesses et les remuait d'avant en arrière. Mais elle restait assez paresseuse, avouons-le. Sous prétexte de souplesse, c'était une grosse mollasse.
Les choses auraient pu durer ainsi pendant bien longtemps, et c'est ce qu'elles firent. Ce n'est que bien des années plus tard que la violoncelliste, qui était je le rappelle un peu bête et à qui, en conséquence, il fallait un peu de temps pour percuter, se rendit compte que ses deux mains ne s'aimaient pas du tout, et que si elle n'avait pas été là pour maintenir un semblant de cohésion sociale, elle aurait rapidement fini manchote, ses deux mains s'entretuant sauvagement au milieu de la nuit. Décidant que la situation n'était plus tenable, la violoncelliste attrapa ses deux mains avec ses pieds -qui eux ne faisaient pas tant d'histoires, et , tandis qu'elles gigotaient vainement pour se libérer, elle s'écria, encolérée :
"Bon, ça suffit, vous deux, j'en ai assez de vos histoires ! Toi, la main droite, je connais tes manigances ! Tu n'arrêtes pas de martyriser cette pauvre main gauche, et tu fiches n'importe quoi, en bas ! Si tu continues comme ça, je vais être obligée d'apprendre mon morceau par coeur, et je le jouerai en ne regardant que toi ! Et on verra si tu fais toujours ta maligne ! Ne sois donc pas jalouse de ta copine de gauche, ça n'a rien de drôle de se promener sur un manche toute la journée, ça file des crampes et ça fait mal au pouce. Vous êtes complémentaires, toutes les deux, et c'est ça qui est merveilleux, hein, les filles ?"
Les deux mains ne répondirent rien, elles firent la sourde oreille. Mais la violoncelliste n'était pas dupe, elle savait parfaitement que ses deux mains l'avaient très bien entendue. Et vous savez quoi ? A partir du moment où elle accorda un peu plus d'attention à sa main droite, non seulement celle-ci se mit à faire quelques efforts, mais même la gauche, soulagée d'être un peu tranquille...joua beaucoup mieux. La violoncelliste et ses deux mains vécurent dès lors heureuses et jouèrent beaucoup de petits morceaux.
The End.

Ca me rappelle la scène de princesse Mononoké où le garçon a son bras droit maudit qui menace de tuer une bonne femme et où il retient ledit bras droit de son bras gauche. Bref. C'est le bras droit qui est méchant, dans l'histoire, vous avez noté, hein, hein ? Je peux repartir dans un délire sur les gauchers qui ont une prédisposition au génie (Henri Leconte est l'exception qui confirme la règle, na) et qui sont ignomignieusement maltraités par les méchants droitiers qui font que des trucs pour les embêter et qui les traitent de sinistres et d'impurs à tout bout de champ ? Bon, d'accord, je vous épargne ça pour le moment, gentille comme je suis.
A la place, puisque cette note est placée sous le signe de la symétrie et de l'ambivalence, du yin et du yang, du "faire du mal à ses ennemis" et du "faire du bien à ses amis", et puisque je vous ai raconté l'histoire de deux soeurs, il me reste à vous révéler une fraternité que je n'avais jusque là pas envisagée, mais qui, lorsque B. Noël l'a évoquée, m'a sauté au visage. "Le métronome, c'est comme le réveil : on les aime pas du tout, mais on peut pas s'en passer". Purée, mais oui, quel air de famille !!!
*c'est tout pour aujourd'hui*
10:30 Publié dans Ce qu'a vu le vent d'Ouest | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note






Commentaires
RHOOOOH, mais quel logorrhée (j'adore utiliser ce genre de mot que personne ne connaît, ou presque, lol) !
Bon. Madame Noël, elle dit parfois des conneries, aussi, il faut bien le savoir, et là, c'est vraiment le parfait exemple : le réveil et le métronome, ON PEUT (et je dirais même ON DOIT) s'en passer !!!
D'ailleurs, les compositeurs intelligents font confiance aux interprètes, et au lieu de faire ièch avec des indications du genre allegro = 142,5, ils se contentent généralement de "tempo giusto", ce qui est bien plus cool (ou comme dans la neuvième de Mahler, Allegro Comodo, bon, on va dire "assez vite", mais faut pas pousser non plus)...
Quand au réveil... Bah, je crois que tout le monde sait ce que j'en pense (c'est même ça qui me permet d'arriver aux examens avec une heure et demie de retard, LOOOOL, non, je le referai plus, promis) !!!
Ecrit par : vincenttheone | 22.06.2006
Et à part ça :
"Duos habeo, et bene pendentes" !
Ecrit par : vincenttheone | 22.06.2006
Mais le métronome, ça sert pas à savoir le tempo du morceau, c'est pour le travailler et conserver un minimum de sensation de la mesure qu'il faut que jele ressorte de son petit placard cadenassé ^^
Quant au réveil, ben tu devrais avoir honte, non mais ! On a pas besoin de ça pour accumuler le retard aux exams ^^
Donc non, sur ce point, je m'agenouille benoîtement devant la parole sacrée de B. Noël !
Et à part ça, ben c'est cool, une grande carrière s'ouvre donc à toi ! :D (je sais pas s'il y a bcp d'autres conditions pour être pape...)
Ecrit par : touille | 23.06.2006
et bien et bien! Ton petit conte m'a vraiment beaucoup plu! :D
Ecrit par : mdam_marguerite | 23.06.2006
eh bien eh bien ! j'en suis ravie ! :D
Ecrit par : touille | 24.06.2006
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