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08.03.2006

Retour en arrière ?

[13/05/04]

Oh, instant crucial ; choix du titre de la note de la journée. Comment synthétiser en une formule -spirituelle, si possible-, toutes les émotions, toutes les questions de la journée -et éventuellement leurs
réponses ? Si difficile qu'il m'arrive de ne tout simplement de renoncer à ladite note ; ça s'appelle l'angoisse de la page blanche ? Peut-être bien, oui. Pourrai-je revenir si bien sur les événements de la journée que je n'en oublierai-je aucun ? Et surtout, en bonne dissertante, parviendrai-je à produire une réflexion continuellement,
perpétuellement centrée, motivée, dirigée par son guide, son mentor, son gourou...gourou est un peu fort, je l'accorde. Bref. Je parle bien sur du titre. Une belle note doit, pour recevoir ce titre et, accessoirement, rapporter des bonbons (non, c'était une blague ^^ ), se dérouler, sinueuse, souple et, oserais-je dire, sensuelle, à partir de son titre ; et de là... de là s'échapper...faire mine de s'échapper pour ne revenir que plus belle, grandiose, vers ce titre. Faire un imprévisible et pourtant si évident retour en arrière. Brillant, non ?


Ouf, ça y est, voilà au moins une explication du titre de la présente note. C'est déjà ça. Vous pourrez dormir tranquille, sans vous demander pourquoi -pour quoi ?- j'avais intitulé la chose de telle ou telle manière. Ceci vaut pour ceux qui liraient mon blog le soir, mais il me semble que ma bien-aimée lectrice voulait justement que je lui le serve en petit-déjeune. Mais je ne voudrais pas que ce ...retour (vous saisissez, les méandres ?) la turlupine toute la journée. Passée la première occurence (la deuxième, en fait, si l'on y réfléchit), me voilà bien soulagée. Je peux en venir au coeur de mon sujet.


[je m'excuse d'avance pour mon style particulièrement pesant et gonflé en ce début de note. C'est que je lis Péguy, en ce moment...et j'ai une fâcheuse tendance à imiter plus ou moins malgré moi le/les auteurs qui je lis... Péguy est un assez pénible...et pourtant séduisant rabâcheur].


Oubliez ces crochets, finalement ; les crochets, pas ce qu'il y a à l'intérieur : je vais finalement m'en servir pour passer au vif de mon sujet. Entendez, la réflexion qui m'a le plus occupée l'esprit, en général, tout au long de cette journée.


Clio, donc, de ce bon vieux Charles Péguy. Je ne le lis pas par plaisir (eh oh, c'est un essai, je vous signale...qui lirait ça pour le plaisir ?), non. C'est pour mon cours de littérature comparée, axé autour du thème ; "les âges de la vie". Pour information nous avons également au programme Athalie, de Racine (beuârk), et les Enfantines de V. Larbaud (pas trop mal). J'ai pour mardi une dissertation à faire à la maison. Vous voulez le sujet ? Enjoy :


" Un des narrateurs d'Enfantines, peu sensible à la poésie de La Fontaine, note que le fabuliste n'a écrit "qu'après avoir passé la quarantaine" et ajoute : "sans doute, plus tard, quand nous serions des hommes, quand nous aurions vécu, nous découvririons à notre tour ce miel précieux et nous saurions le savourer." Dans quelle mesure les oeuvres au programme confirment-elles selon vous ce bénéfice de l'âge ?"


Faut-il nous faire nous poser ce genre de questions à notre âge ? Ou peut-être surtout que ce n'est pas le bon moment pour me demander des choses pareilles. Enfance, âge adulte, vieillesse. Perd-on ou gagne-t-on en vieillissant ? Sagesse ? Décrépitude ? Pour Péguy, décrépitude sans aucun doute. Il explique (et réexplique, parce que, bon dieu, qu'est-ce qu'il ressasse, le vieux Charles !) que tout ce qui est dans le temps s'effrite, s'épuise, bref se perd au fil du temps. Ma foi... il est convaincant, l'ami Charles.


Oh, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas ici vous faire une ébauche de plan de ma dissertation ; merci bien , vous avez déjà eu le courage de me lire jusqu'ici, je vous épargnerai donc avant que vous ne fuyiez. Juste une petite chose (toujours ce satané titre) : pour la troisième partie... de l'enfance à la vieillesse... mais perd-on, ou gagne-t-on réellement quelque chose ? Autre possibilité d'étude (oui, la troisième partie, c'est toujours délicat) : l'individu qui cherche à "retrouver" son enfance. Larbaud écrivant les Enfantines. Je ne sais pas si j'irais bien loin avec ça. Passons.


La question que je me pose, avec leurs réflexions preneuses de tête, c'est : qu'est-ce qui se passe quand on vieillit ? Est-ce que vraiment, on ne fait jamais que perdre, perdre, jusqu'au jour où, pauvre petites loques qui auront tout perdu, il ne nous restera plus qu'à mourir ? Pas bien gai, tout ça. Une fois sorti de l'enfance, a-t-on fait une irrémédiable perte ? Le retour en arrière est-il possible ? Larbaud écrit si bien qu'on la revoit, l'espace d'un instant, entre ses admirables lignes. Oui, mais on ne peut qu'en apercevoir, spectateur borgne et impuissant, quelques bribes mélancolifères (porteuses de mélancolie, mais j'aime tant les néologismes...)


...


Crise de la vingtaine. Je suis retournée, à l'occasion d'une discussion avec Orphée, sur mon bon vieux blog N°1. J'ai relu avec émotion, je dois le dire, ces petits morceaux de pensées d'un jour, comment mon amour naquit ("mais pourquoi je n'arrive pas à lui parler ?"), comment il fleurit, comment je me perds dans des océans de bonheur... Plus largement, je me vois évoluer, en l'espace de quelques mois, tant que c'en est effrayant. J'aurais difficilement pu imaginer être dès aujourd'hui ce que, misère ! je suis aujourd'hui. Ce que je crois surtout avoir perdu, c'est une certaine innocence, et une certaine joie de vivre. Une certaine pureté, aussi, peut-être bien. J'ai perdu ma jeunesse, mon Dieu... je suis de l'autre côté ? Maintenant, je ne grandis plus ? Je vieillis ?


Je suis si gaie sur ce bon vieux blog ; si spirituelle, si fraîche. Le petit bébé qui naît à la vie. Pauvre petit : s'il savait, à la minute même où il naît, au moment où il pousse son premier cri, que déjà il est condamné à mort ? Qu'il vivra sans doute d'abord quelques belles années...mais que, comble de l'ironie tragique de nos destins, il ne s'en souviendra que tout juste assez pour les regretter.


Pourquoi ai-je tant changé ? Oh la réponse est trop claire... Mais elle est plus multiple que cela. Tout d'abord, je suis arrivée à l'université. J'aidonc quitté la "classe", le petit groupe de personnes connues, vues et revues, ce microcosme paisible, confortable...je ne suis pas en train de dire que mes années de lycée ou de prépa étaient formidables, mais au moins je retrouvais chaque jour des visages connus, rassurants. La double licence me fait aujourd'hui courir d'un ufr à l''autre, et j'ai tout juste assez de "connaissances" - pas vraiment des amis- pour pouvoir rattraper les cours au cas où. Je joue dans la cour des grands ; mais la cour est un peu trop grande et intimidante pour moi. Mes amis je les ai rencontrés sur le net ; c'est cette année aussi que je me suis engluée dans la toile. Je suppose que cela m'a changée aussi. Pas forcément en bien, c'est une drogue, quoi qu'on en dise. Une drogue douce, si vous voulez, mais enfin une drogue, qui finit par faire mal...oh non petite Magali je ne vais pas recommencer à me désespérer, à blablater sans fin sur ces frustrations qui n'ont pas besoin que je les décrive pour que tu les sentes, toi aussi, comme moi, te contracter le ventre.


Enfin, ce qui a changé, c'est que pour la première fois cette année je suis tombée amoureuse, j'ai aimé, et j'ai fait l'amour. Et puis, ensuite, j'ai connu mon premier chagrin d'amour. Je ne saurais pas décrire ni mes sentiments actuels (et puis vous devez en avoir assez), ni ceux que j'ai pus avoir avant ; je veux dire l'idée que je me faisais de tout cela (je ne parle pas uniquement de l'acte sexuel, évidemment). Mais tu en parles bien, très bien. En lisant certains de tes textes je me retrouve, et j'en suis proprement ébahie. Emue, aussi. Je ne dis pas que ces images que j'avais, que tu as, sont fausses ; et puis d'ailleurs je saurais difficilement parler en grande fille qui "sait". Non, c'est bel et bien comme ça. Et en même temps, ce ne l'est pas. C'est le Christ d'Emmaüs ; c'est lui, c'est évident, et pourtant on ne l'aurait pas reconnu... c'est l'après-migtraine : on retrouve la santé qu'on avait avant, on n'est pas plus en forme, on l'est même plutôt moins...pourtant on se sent bien différent. Il faudra un jour que je fasse plus précisément l'analyse de tout cela. Mais il se fait un peu tard, là. Et revenir ainsi sur tout ce qui s'est passé cette année, à ce qu'on pensait qu'il se passerait surtout, et qui finalement n'a pas été et ne sera jamais, toutes ces pertes irrémédiables... revenir sur tout cela n'est pas sans souffrance.


La crise d'adolescence n'est qu'une plaisanterie. La crise de la vingtaine, on n'en parle pas, parce qu'elle ne fait pas de bruit ; c'est une foule de questions, de regrets -et pourtant nous avons encore si peu vécu ! Qu'est-ce que ce sera à 40 ans ?- c'est le moment où l'on devient véritablement mortel. Je veux dire par là qu'on prend, je crois, le sentiment de sa finitude, dans tous les domaines : on mourra, oui, bien sûr, mais ça nous le savonsdéjà...je crois plutôt que j'entrevois, effarée, tout ce que je perds en vivant. Je n'ai jamais su faire de choix, parce que j'avais déjà, depuis longtemps, la perception de cela : que faire un choix c'est renoncer à quelque chose (c'est trivial, je sais)...Mais voilà, la vie n'est que choix, qu'on le veuille ou pas. Si on ne choisit pas, elle choisira pour nous, la vilaine. Adieu donc tout ce que je n'ai pas fait, tout ce que je ne pourrai plus faire. Et si ? Et si ? ... chut, tais-toi, petite... à quoi bon regretter, revenir en arrière ? Puisque, de toute façon, tu ne peux pas revenir en arrière...



Voilà... je suis temporelle et malheureuse de l'être. Alors ? Alors, parce que je ne veux pas l'être, je choisis une autre perspective (mais elle est plus difficile à imposer) : si, le retour en arrière est possible. Je ne prétends pas avoir inventé la machine à remonter le temps. Mais du moins...du moins... retrouver ce qu'on croyait avoir perdu...mon âme d'enfant m'appartient toujours. Parce que j'ai quelques années de plus (j'allais dire "rides" mais ^^ ) ne puis-je plus être gamine ? Ne suis-je pas toujours la même ? Si c'est bien moi, alors je dis merde à ma vieillesse présente et future, et inéluctable. Je lui dis que peut-être, je ne pensais pas être ce que je suis aujourd'hui, qu'elle m'a bien eu, la coquine, la fourbe même...mais que c'est moi qui l'ai fait, qui l'ai CHOISI. Et que si je veux...si je veux, je peux me retourner en arrière, sur quelques épisodes de mon "enfance" (je veux dire de tout mon passé, y compris le plus récent)...et les regarder non avec mélancolie, mais une grande sympathie...et pas comme des objets perdus, mais comme des objets retrouvés...retrouvables... je peux si je le veux redevenir ce que j'étais. Je redécouvre peu à peu la vie réelle que j'avais un peu perdue à force d'ordinateur. Je ne retourne pas en arrière ; non : je repars.


[longue et fastidieuse note... pardon petite Magali...tout est très confus dans ma tête, c'est difficile de mettre ça au net...]


J'aurais voulu récupérer comme première note d'archive quelque chose de plus joyeux, mais tant pis ! Ayez de moi l'image d'une horrible pessimiste désabusée, angoissée à chaque minute par la vieillesse et la mort !

Pourtant, moi qui me connais un peu, je sais que je n'étais pas du tout désespérée en écrivant cette note. Bon, évidemment, on sent que la rupture amoureuse n'était pas loin ^^, mais non, vraiment, ce n'est pas une note pessimiste ; elle se termine positivement, d'ailleurs, si on regarde bien. Bon, d'accord, le temps d'un paragraphe, et le reste est un peu morose, mais peut-être que l'optimisme n'a pas besoin de longues phrases (c'est bien ma veine). Bien sûr qu'on perd des possibles en vieillissant, mais un tiens vaut sans doute mieux que deux tu l'auras, si j'ose dire, et, finalement, quand je regarde cette note, je me dis que, oui, je suis bien repartie, et que je compte continuer dans ce bel élan -la vie ?

En fin de compte, cette note est très certainement bizarre, mais pas inintéressante -de mon point de vue en tout cas. Surtout pour inaugurer une rubrique d'archives !

Commentaires

moi je l'aime bien cette note.. Et pas seulement parce que je suis citée à plusieurs reprises dedans ^^

J'aime bien parce que ça me rappelle toute une période. C'est stupide mais.. Je sais que c'était pas une période franchement rigolote pour toi mais, avec du recul, je pense que ça a été une période importante pour notre amitié. C'était un peu la "première épreuve"...

Rohlala.. J'arrive pas à m'exprimer.. Reste plus qu'à espérer que la télépathie fonctionnera... :)

Ecrit par : mdam_marguerite | 08.03.2006

C'est marrant comme je me retrouve beaucoup dans ce que tu racontes. Bon bien spur je n'irais pas jusqu'à dire que j'aurais pu écrire la même chose, parce que les détails diffèrent, mais ce sentiment qui se dégage de ta note, je ne compte plus le nombre de fois où je l'ai ressenti.
Et je trouve effectivement que c'est plutôt de bon ton pour ouvrir ta nouvelle rubrique (tu offres le champagne avec ? :p)

Ecrit par : Cel | 10.03.2006

oh oui! Mais du champagne rosé alors! :D

Ecrit par : mdam_marguerite | 11.03.2006

pis quoi encore ? Non mais, amenez-le vous-même ! (Oui, le rosé, c'est bueno bueno !)

Une épreuve ? Oui, pitêtre, c'était une période assez bizarre.

D'une certaine manière, Cel, ça me rassure que ce soit un sentiment partagé : non, ça me réjouit pas, mais disons que je n'affabula peut-être pas en imaginant une "crise de la vingtaine".

Ecrit par : touille | 11.03.2006

T'en fais pas, je vois ce que tu veux dire ;)

Quant à appeller ça une "crise de la vingtaine", je ne sais pas trop... Ça commence à faire quelques temps que ça dure chez moi, je suis passée par plusieurs étapes, et j'en suis à me demander si, plus qu'un état passager, ce ne serait pas une certaine propension à la mélancolie ou je ne sais quoi. Ou alors c'est peut-être que vu que j'ai pas vraiment fait de crise d'ado, je me paie une crise de la vingtaine à ralonge pour compenser :p

Ecrit par : Cel | 12.03.2006

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