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22.02.2006
serial baby-sitter
Ah...qu'il fut doux, ce mercredi matin, de se lever à 9h30 ! Cela faisait si longtemps que cela ne m'était pas arrivé !
*en vérité, ça m'est arrivé la semaine dernière, puisque c'était les vacances, mais évitons de casser le myhte*
Je reprends, donc.
Touille, éplorée : "Aaah, si vous saviez, amis, ce que j'ai enduré ! Combien la vie cruelle me fut ! Tous les mercredis, se lever à huit heures ! Ah folie, ah, malheur !"
L'ami lecteur (ça, c'est vous), fronçant un sourcil, bas : "Elle se sent pas bien, la Touille ? Puisque c'est comme ça, j'me tire ! (l'ami lecteur a trop écouté le donjon de Naheulbeuk)
Touille, encore plus désespérée : Non, non, attendez, je vous explique !
Dans mon quartier, je suis connue ; je suis crainte et respectée. Je reçois des appels désespérés, des appels à l'aide, déchirants. Je suis recherchée. Je suis une serial baby-sitteuse.
Planquée derrière les poteaux "attention école", je guette les blondes frimousses, je leur décoche d'habiles risettes, en tâchant autant que faire se peut de planquer mes canines fraîchement limées. Je les gave de jambon-nouilles et de drôles de petites bébêtes ; ma grosse main crochue agrippe les plus jeunes pour traverser la rue. Je suis la terreur du pâté de maison.
Rien ne me destinait au destin de créature de la nuit, veillant jusqu'à pas d'heure et ne rentrant chez elle qu'à l'aube. Rien, sinon le fait que j'habite dans un immeuble de militaires. Non, non, les militaires ne sont pas tous des cinglés qui votent front national (pas tous, en tout cas). En revanche, un immeuble de militaires, ça veut dire :
1) beaucoup de garçons aux cheveux trop courts
2) abonnement à Cyrillus à tous les étages
Mais surtout, ce qui nous intéresse :
3) beaucoup, beaucoup de gosses. Je pense que la moyenne de l'immeuble doit être de trois par famille, minimum. Autant dire que ça en fait, du monde à garder.
Bon, l'inconvénient, c'est que dans les gamins en question, il y a pas mal de "Marie-Odile, 15 ans, de retour du Groënland, propose cours de Polonais et garde d'enfants le soir et en fin de semaine". Il y en a même tellement que notre gardienne (un modèle de courage, moi j'pourrais pas) a affiché toutes les offres sur la fenêtre de sa loge. Autant dire que, n'ayant pas le virus de l'assistante maternelle dans le sang, et ayant trop d'orgueil pour lui demander de rajouter une "Lady-La-Touille, 21 ans, propose cours de péruvien et baby-sittings quand elle fait pas la bringue chez ses potos, ce qui rassurez-vous arrive à peu près une fois par mois", je ne m'étais pas signalée à l'attention de ces dames. D'autant que je ne parle pas péruvien.
Et pourtant, un jour, le destin frappa à ma porte ; tel Oedipe et ses pieds gonflés, je ne pouvais m'y soustraire. Il vint en la personne non pas d'un aveugle chenu, mais de ma voisine, madame L., respectable mère d'une famille de trois enfants. Elle avait besoin d'une baby-sitter, et voulait savoir si j'étais disponible. Outre que je m'interrogeai en fin de compte sur les compétences/disponibilités de Marie-Odile et ses soeurs, j'eus une seconde d'angoisse, dans la mesure ou cette voisine, je ne la connaissais ni d'Eve, ni d'Adam, ni de personne d'ailleurs. Hein ? Quoi ? On m'épie ? Je suis sur écoute ? Nous ne sommes pas seuls dans l'univers ?
Je devais avoir besoin de thune ; malgré mes réticences à l'idée de me retrouvée embarquée dans un vaisseau extra-terrestre pour servir à des expériences bizarres, j'acceptai -et me promettai de ne plus regarder X-Files. Le soir dit, je mettai à exécution ma formule diabolique : dîner-brossage de dents-petit jeu (facultatif)-histoire-dodo. J'abattais ma massue sur chacun des jolis crânes roses, histoire d'éviter une insomnie au milieu de mon épisode de Sex and the city préféré, et le tour était joué. J'étais dans la place. Mouahahaha.
Bref, finit par arriver ce qui devait arriver : émue aux larmes par mes incroyables performances, madame L. refila mon numéro de téléphone à toutes ses petites amies mères de famille, et, petit à petit, je grignotai du terrain. Je me rendis rapidement maître du pâté de maison ; mon statut de baby-sitter de choc me promettait un avenir grandiose : toutes ces joyeuses têtes blondes, soumises à ma domination ! Bientôt, ils n'obéiraient plus qu'à MOI, ils deviendraient une armée servile et zélée, je les emmènerais manger des crêpes à Montparnasse. Enfin, pourvu qu'ils soient sages, naturellement.
Mais l'hybris menace les mortels qui se croient trop grands, qui osent tutoyer les dieux immortels ; je reçus un coup de fil.
"Allo, wonderwoman à la rescousse ? Vous avez demandé un baby-sitting, j'écoute ?
- oui, bonjour, je cherche quelqu'un pour garder mes enfants le mercredi matin ; par contre, j'habite pas l'immeuble, j'habite de l'autre côté du boulevard G. Ca vous intéresse ?"
Si ça m'intéressait ? C'était la gloire ! Je traversais le boulevard ! A moi l'arrondissement, à moi Paris, à moi le monde ! Et le mercredi matin ! Quelle montée en grade ! J'acceptai sur le champ, et préparai d'emblée unpetit discours pour le jour qui n'allait plus tarder où je recevrais ma légion d'honneur pour services exceptionnels rendus à la nation.
Yavait un piège.
En fait d'enfants, il s'agissait de trois garçons. Je ne sais pas si vous vous représentez bien ce que ça représente, trois garçons coincés un mercredi matin pendant quatre heures et demie dans un appartement parisien. Il faut que je vous fasse un dessin, peut-être ?
Mon mercredi matin devint un defi lancé au monde, et, plus humblement, à moi-même. J'avais le choix : ou bien laisser les chers anges mariner devant la télévision toute la matinée -ils ne demandaient que ça, notez, et je crains que beaucoup de petits garçons comme eux ne soient réduits à cette fâcheuse extrêmité-, soit lutter contre la dictature de l'écran et prôner le retour aux activités saines, divertissantes, en un mot dignes de la baby-sitter de choc que j'étais supposée être.
Ainsi, pendant deux ans, j'ai expérimenté les bricolages, les découpages, les recettes les plus folles pour divertir mes trois monstres. Ce sont ces idées que je compte bien, ici, transmettre à la postérité ; je suis encore baby-sitter, mais désormais je garde les trois terreurs à la sortie des classes, certains jours, et ma tâche consiste donc moins à les divertir qu'à leur faire faire leurs devoirs. Une tâche bien ardue, elle aussi, et dans laquelle j'ai probablement quelques progrès à faire. J'aurai donc sans doute encore quelques expériences bien traumatisantes à narrer ici, histoire de vous inspirer terreur et pitié, comme il se doit à la descendante d'Oedipe-Roi.
D'ici là, portez-vous bien, et soyez sages, ou je le répéterai à vos parents. ;)
21:13 Publié dans Children's corner | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note







Commentaires
Ouahh! Mary Poppins!!!!! :D
Et moi qui habite en résidence pavillonaire pleine de nounous et de filles de nounous qui ont tous les baby-sitting.. Snifff... :'(
Ecrit par : Mdam_marguerite | 22.02.2006
Mouarf! J'adore! Bon courage Mary Poppins, raconte nous plein d'aventures croustillantes!!
Ecrit par : Elaika | 23.02.2006
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