12.02.2007

Conte de la Saint Valentin

Il était une fois une grande et vieille et digne famille, la famille des de la Viole, qui avait trois héritiers. Il y avait Joe "violon" Dalton, un petit teigneux qui passait son temps à grincer des dents en criant "moi ! moi ! moi ! c'est moi le chef !" ; il y avait Averell "violoncelle" Dalton, qui était plus grand, plus grave, plus beau, plous sensouel, plus merveilleux que son frère. Et puis, entre les deux, il y avait William-Jack "alto" Dalton, qui était... un enfant du milieu, qu'on oubliait un peu facilement, vu que bon, il se contentait la plupart du temps de répéter au choix ce que disait Joe ou ce que disait Averell. (La grosse madame contrebasse, elle était pas de la famille de la Viole, alors j'en parle pas.)

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Les trois frères jouaient beaucoup ensemble, mais ça n'est pas pour autant qu'ils s'entendaient au mieux. Averelle trouvait -à juste titre- qu'il était le plus beau, qu'il n'avait pas besoin de faire des salamalecs pour se faire remarquer, contrairement à son petit frère surexcité. Le petit Joe faisait "humpf humpf", et continuait de frimer. Quant à William-Jack... Eh bien, il aurait peut-être pu faire tampon s'il n'avait pas eu le toupet de jouer les partitions des uns et des autres, en distribuant des myosotis "ne m'oubliez pas !". En plus, monsieur s'était fait faire une clé pour lui tout seul, une clé d'ut trois, ce qui était quand même un peu snob. Adoncques, les assiettes volaient souvent dans la maison des de la Viole, même s'ils s'aimaient bien quand même, va.

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Un jour, cependant, un coup de sonnette vint tirer nos frères ennemis de leurs joyeuses querelles : un colis était adressé à monsieur "Arpeggione de la Viole". "Arpeggione ? Qu'est-ce que c'est encore que cela ?" fit Averell, qui était gentil, mais pas très fute-fute. Joe, de sa petite voix mesquine, répliqua aussitôt : "Oh lui ! C't'un vieux cousin ! M'enfin, ça fait longtemps qu'il a crevé, l'pauvre gars... L'avait une malformation... Si cordes... beurk !"

Et tous les frères de faire "beurk" : Joe le lança de façon stridente, William-Jack le répéta de sa voix un peu rauque, Averell le déclama alla Stentor. Et puis, William-Jack, prenant le colis des mains, déchira le papier, et découvrit une partition.

"Bon, eh bien, celle-ci, c'est pour moi !", s'exclama-t-il, ravi. Enfin un morceau pour lui ! Averell, qui n'aimait pas les mauvaises habitudes de son kleptomane de frère, lui tapa sur la tête et lui arracha la partition des mains.

medium_violoniste_sempe.jpg"Ne soyez pas stupide, William-Jack", coupa-t-il d'un ton sévère (ça lui était facile, parce que, je vous le rappelle, il avait une belle voix très expressive). "Ce morceau me revient. Libre à vous de me le piquer, ensuite, je commence à avoir l'habitude." Quant à Joe, il ne jeta pas même un regard sur la fameuse partition, ça n'était sans doute pas assez strident pour lui. William-Jack et Averell, pendant ce temps, continuèrent à se disputer jusqu'à la fin des temps, sans jamais parvenir à un accord.

Il paraît qu'une certaine déesse qui voulait semer la discorde s'inspira de ce conte, bien plus tard, en Thessalie, remplaçant la sonate par une pomme on a les moyens qu'on peut). Mais ceci est une autre histoire.

The end.

~¤~

Personnellement, j'ai beau être quand même très attachée à mon instrument, et être assez agacée par les manières de certains de mes collègues violonistes et altistes, j'estime que l'arpeggione est tout aussi belle à l'alto qu'au violoncelle. Il faut dire que les deux fois où je l'ai entendue en concert, c'était à l'alto donc bon... Ca aide peut-être ? Et la première fois que je l'ai entendue, en cd cette fois, c'était également à l'alto, par il signor Bashmet, qui n'est pas non plus la dernière des tartes. Et au violoncelle, je ne l'ai entendue que par Rostro, qui n'est pas non plus une tarte, mais... je préfère quand même l'interprétation de l'altiste. Donc bon... Ok, ok, j'avoue, j'aime bien l'alto ; je reconnais qu'il mériterait d'être mieux connu ; après, c'est une question de goût, hein, moi j'les aime bien bruns, bien graves, bien virils, et entre mes jambes . (euh, soyez gentils, ne retirez pas cette phrase certes volontairement provocatrice du contexte).

Le seul hic c'est que, quand j'ai dit ça à mon C&T, il a répondu, en substance, qu'il préférait nettement l'alto au violon. La question qui s'imposait alors était évidemment : "et l'alto par rapport au violoncelle ?"

...

Vous ne devinerez pas ce que le maroufle, l'impudent a osé répondre !!!!! Rha, ciel, adieu la vie, la mort, les vaches... Il prétend préférer l'alto... Franchement, ça c'est carrément un motif de rupture, nan ? Hum, bon. Je me calme. Je déteste l'alto ! Bouhou, c'est même pas vraiiii... Mais pourquoi, pourquoi tant de haine ? "Mais non, je ne hais pas le violoncelle...hum, euh, aurais-je dit une chose très grave ?"

Rha. Bon, non. J'avoue, ces querelles sont idiotes, et ce n'est pas gentil de toujours taper sur les altistes (ça me rappelle la blague du chef d'orchestre, tellement pas très drôle et private que je ne la répèterai pas). Bouhouuuuu ! Mais c'est nous les plus beauuuux !

"Ouais,mais l'alto il a un timbre très intéressant, un peu rauque...

- Et... sniff, il est pas intéressant notre timbre à nous ? Bouhouuuuu !

-Rho, mais si, mais si, c'est très beau... Dans l'aigu, c'est très expressif, le violoncelle...

- Dans l'aigu ??? Et dans le grave, ça l'est pas, peut-être ? Ouinnnn, je vais me suicider au concerto de Lalo !

- Rho... beh excuse-moi... Bon, puisque c'est comme ça, je vais retirer de ma discothèque tous les cds dans lesquels il y a des altos. Et puis tous ceux où il y a des violons, tant qu'à faire."

Hahaha. Non, quand même, j'ai reconnu que c'était un peu excessif ; moi-même je ne comprends pas que ma mère ne m'offre que des cds de violoncelle, comme si c'était la seule chose que j'écoutais. Mais non ! Non ! Honte à moi... Traître à ma patrie... Mais l'orchestre est une grande familleuuuh, hein, on va pas se taper dessus, entre cordes, hein... Non, gardons nos coups d'archet pour les cuivres.

T'te façon, c'est quand même nous les meilleurs.

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XD

29.11.2006

Salade mixte

Si mon C&T était une andouille, je serais une poire ; ceci a été convenu d'un commun accord par les deux partis en présence. Mais je serais une poire à la crème, tandis que mon C&T serait, lui, un ravioli à l'andouille. Par contre...je ne sais plus pourquoi.

"Ne le prends pas mal, par contre, Violaine, mais, bon, j'adore les poires, j'adore la crème fraîche, mais je suis pas sûre que le mélange des deux..."

Je proteste ! Je proteste énergiquement ! Il n'est rien de plus délicieux qu'une tarte aux pommes tiède nappée d'une grosse cuillère de crème bien jaune, et on peut supposer qu'une tarte aux poires, ça le fait aussi... D'ailleurs on trouve bien plus de résultats sur google en tapant cet alliage que l'association "andouille" et "ravioli" ; et pourtant, j'aime les deux.

medium_cent_fois_bon.jpgQuand j'étais petite, l'une de mes histoires favorites était "Un gâteau cent fois bon", dont le scénario est assez simple : un chat et un chien décident de faire un gâteau pour leur maître. Pour ce faire, ils se disent qu'en mettant les cent choses qu'ils préfèrent, ils feront un gâteau cent fois bon. Inutile de dire que la simple évocation des ingrédients mélangés était assez écoeurante (genre confiture, fromage, souris, moutarde), mais au final le gâteau était bel et bien boulotté. Seulement, le méchant loup qui s'en était gavé finissait avec une indigestion sévère.

Morale de cette histoire ô combien édifiante : on ne fait pas un gâteau cent fois bon en mélangeant n'importe quoi.

Cette histoire m'est revenue en tête alors que je passai successivement devant deux affiches de "films de Nowel pour petits n'enfants sages", vous savez, ce genre de films à cause desquels vous regrettez que votre frère soit devenu trop grand pour pouvoir vous servir d'alibi. Or, dans chacun des cas, les producteurs ont joué au gâteau cent fois bon. Je m'explique.

Cas Numéro 1 : Souris City.
L'affiche est explicite : Souris City, c'est

medium_shrek.jpg mélangé à medium_wallace_gromit_1.jpg









Autrement dit une co-réalisation des studios Aardman et Dreamworks ; en tant que fan inconditionnelle de Wallace et Gromit et d'assez fan de Shrek le gentil n'ogre vert, je me frotte les mains, mais je demeure sceptique... Aardman sans pâte à modeler est-il vraiment Aardman ? N'est-il pas malhonnête d'appâter le chaland de base (moi en l'occurrence) en gratifiant la souris de l'histoire d'un sourire alla Wallace, et en l'entourant de grosse genouilles vertes un peu costaudes alla Shrek ? En plus, les critiques sont pas du tout dithyrambiques... Comme quoi on peut aimer les andouilles et les raviolis, mais c'est pas pour autant qu'on aimera les raviolis à l'andouille.


Cas Numéro 2 : Happy Feet.
Cette fois encore, une affiche tout à fait explicite. Cette fois, nous avons droit à une mixture
medium_marche_de_l_empereur.jpg à la sauce medium_Baloo-med-Mowgli.jpg










Le pitch ? Ben c'est des pingouins qui dansent sur la banquise. alors moi, franchement, j'ai aucune affection particulière pour les pingouins, hein, et j'ai été assez déçue en général par les derniers Disney (j'ai mis ue image du Livre de la Jungle, mais c'est bien parce que je veux un joli Blog, hein...) . Autant dire que les "Joyeux pieds", là, je vais leur laisser jouer à Kamel Ouali tous seuls sur leur banquise ; mais ma soeur, qui a été le voir à une projection de presse, a trouvé ça pas si mal, en fin de compte. Donc bon... peut-être s'agit-il en fait d'un mélange dinde + marrons, deux trucs pas très bons et assez indigestes qui, ensemble, font festif ? La question reste entière, mais nous laisse un arrière-goût légèrement optimiste, en fin de compte.


Ce qui tombe bien, car j'en suis précisément à me poser la question d'un alliage plus délicat, celui de votre servante, violoncelliste pataude et surtout à l'aise dans les trucs bien chantants et pépères, avec une collègue qui, paraît-il, s'en sort plutôt sur le nerveux, rythmé, vif... Pour le moment, je me berce de l'espoir que nous serons la crêpe complète des duos pour violoncelle, que nous insufflerons nos avantages à l'autre plutôt que de lui piquer ses défauts... Mais ça ne m'empêchera pas d'avoir à bosser sérieusement la précision et tout ça, si je veux pas que l'ensemble ne ressemble à rien. Parce que, on peut parler mélanges et tout, espérer planquer les arrières-goûts douteux sous une couche de crème épaisse... Ben, par exemple, la boulette d'Avesnes, on peut y rajouter ce qu'on veut, ça reste pas bon du tout. Un avis qui n'engage évidemment que moi ; je salue d'ailleurs la société française des amateurs de boulette d'Avesnes.

23.11.2006

interlude militant

Voyons voyons... quel ton adopter pour évoquer cette journée d'hier ?


Musical :

Les Larmes de Jacqueline (Offenbach) : l'art des nuances.


Apétissant :

Le Chai Tea Latte de chez Starbucks


Erudit :

Initiation à l'édition de textes anciens : le cas de l'"Apologie de Protagoras" dans le Théétète de Platon


Malin :

Mille et une bonnes idées pour passer le temps pendant un cours chiant comme la pluie.


Fataliste :

Vous pondrez un laïus de circonstance sur l'étrange et douloureuse loi qui fait que quand deux personnes assises dans un Starbucks coffee prient pour qu'il n'y ait pas de pluie quand elles rentreront chez elles, il pleut nécesairement à torrents le moment venu.


Religieux :

Composez un tract d'adhésion à une nouvelle secte qui honorerait en qualité de gourou incontesté une jeune femme de 22 ans qui fait deux heures de marches le mardi et une heure de vélo (dont moitié sous la pluie) le vendredi ; vous vous appesantirez lourdement sur la nécessité de pratiquer un exercice physique régulier en notre sédentaire époque, et tâcherez de caser des formules latines du genre "mens sana in corpore sano", "alea jacta est", etc.


Poétique :

"J'aime l'odeur de la pluie le soir au fond des bois, le zouizoui flûté de ma dynamo défaillante, le schouischoui léger des pneus qui glisent dans la boue". Continuez dans cette veine.


...

Rha ! C'est vraiment trop compliqué, mieux vaut laisser tomber ; d'autant que, finalement, à quoi bon s'appesantir sur des détails aussi futiles quand des problèmes tellement plus cruciaux méritent d'être par nous soulevés ?

"Le petit-déjeuner éternise le temps", déclamait l'autre jour un certain C&T devant son bol de café au lait et ses tartines, avant de soulever un problème hautement problématique : le cas de la Triscotte.

"Comment ? Tu ne connais pas les Triscottes ?? Oh, mais c'était vachement bon ! C'était... c'était, comment dire..."

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Hélas, je suis trop jeune ou trop malchanceuse pour avoir jamais goûté cet objet comestible non identifié qui, ainsi présenté, attise assurément ma curiosité. Quel sort funeste a donc frappé cette soi-disant "délicieuse biscotte, qu'était pas vraiment une biscotte, en fait" ? Pour le savoir, j'ai bien entendu posé la question à mon ami très cher, ce bon vieux google. Et comme je ne doute pas qu'à présent cette question vous taraude littéralement, voici les réultats de mon enquête :

Les Triscottes appartiennent à la marque Heudebert, qui elle-même appartient à Lu, qui elle-même appartient à Danone. Rha, sacré Danone... C'est bien simple, pour moi, quelqu'un qui fait des pubs aussi horripilantes ne peut qu'être foncièrement mauvais ; or le cas des Triscottes ne fait que me conforter dans cette opinion, puisqu'il paraît que je ne sais qui (mais c'est le pdg de Danone, M. Riboud, qui en porte évidemment la responsabilité) a osé comettre une nouvelle génération de Triscottes, dont la recette a été complètement changée et qui, paraît-il, sont aussi délicieuses à tremper dans du café que des parpaings en béton.

Des vies sont en jeu ; aujourd'hui, des internautes se mobilisent pour militer en faveur du retour à l'ancienne Triscotte, la vraie, la si délicieuse, et ils prennent cause pour le camarade LST, dont la vie semble bel et bien brisée depuis la disparition de sa triscotte adorée, et qui en est réduit à bidouiller des films de bombay TV pour que sa biscotte chérie ne soit pas oubliée.. Et tous de publier des notes bien senties sur le sujet, qui toutes mènent par un lien astucieux au cri désespéré du pauvre LST, dont ils espèrent bien que Google se fera l'écho ; après, je suppose qu'ils envisagent de séquestrer un haut placé de chez Danone, Lu voire Heudebert devant son ordinateur jusqu'à ce que celui-ci ait la bonté de taper la recherche "Triscotte" ou "Triscottes" sur son moteur de recherche préféré.

Personnellement, je me sens très concernée par cette cause, moins par syndrome de Proust que parce que tout cela m'a beaucoup intrigué et que j'aimerais bien, au final, savoir quel goût peut déchaîner autant de passions, autant sur internet que dans l'esprit nostalgique de mon C&T. medium_triscottes_alsacienne.jpgEt puis, apparemment, à l'époque où on ne gavait pas les enfants d'actimel pour en faire des basketteurs, les femmes qui mangeaient Triscotte avaient la tête pleine de rêves incroyables. De là à prétendre que le produit contiendrait des substances illicites, et que c'est pour ça qu'on aurait changé la recette... anyway ; une bien noble cause que celle des Triscottes, et à laquelle, donc, je m'associe pleinement, en apposant le Logo de circonstance.

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Cependant, je conçois volontiers qu'une note exclusivement consacrée à un truc à manger dont j'ignore jusqu'au goût réel, ça ne fait pas très sérieux ; aussi m'empressé-je de profiter à présent de votre coeur ému pour évoquer cette fois un truc à boire dont j'ignore jusqu'au goût réel.

medium_starbucks.jpgChez Starbucks, le Chai Tea Latte est délicieux, c'est vrai, mais j'avoue que cette boisson délicieusement chaude et épicée (surtout quand on s'amuse à la corser un peu plus à la cannelle et la noix de muscade) a aussi un peu tendance à m'endormir quand je papote sur un de ces grands fauteuils moelleux de la chaîne. Alors, la solution, ce serait de prendre une boisson fraîche, évidemment. L'ennui c'est qu'en la matière, le choix est plutôt limité, puisqu'on a en gros deux parfums possibles : frappucino mango citrus, ou frappucino framboise.

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Quand à cela on rajoute le fait que ma chère mère a été traumatisée par le premier vu qu'un kleptomane agressif lui en a renversé un sur la figure, et que de toute façon je suis pas fana de mangue, ben...

Ouais, non, franchement, faut nous améliorer ça ! Trouvez-nous d'autres frappucinos ! Bon, maman et moi, on a une idée excellente de parfum excellent, une idée originale, colorée, et très couleur locale : faites un frappucino à la myrtille !!!! J'ignore à qui appartient Starbucks, qui est son pdg, et je n'ai aucun logo alléchant pour vous donner envie de nous unir à notre cause pour un produit qui n'existe pour le moment que dans notre imagination fertile, à Mag et moi, mais franchement... c'est une idée de génie, et je pèse mes mots. Alors, comme je doute que les messieurs de Starbucks traînent beaucoup sur les blogs, le plus simple pour nous rejoindre dans ce noble combat est sans doute de remplir les jolis questionnaires qui traînent dans n'importe quel starbucks... Dites-le, criez-le, chantez-le sur tous les tons, dans tous les modes :

ON VEUT DES FRAPPUCINOS A LA MYRTILLE !

21.11.2006

Question de bon sens

Prologue

"Ce qui est fou, avec toi, c'est que chaque fois que tu dis quelque chose c'est plein de bon sens ; je vais finir par te surnommer "réel"...

- Eh oui, c'est dur d'avoir toujours raison... "Réel"... Pourquoi pas "plancher des vaches" pendant que tu y es ?

- Oh, mais je trouve que ça te va rudement bien !

- Adjugé ; et toi, je te surnommerai "Hautes Sphères", c'est ça ?

- C'est ça."

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Pour être tout à fait honnête, le sujet de cette note a été réfléchi longuement réfléchi depuis maintenant une bonne semaine ; j'ai convenu avec moi-même, après mûre réflexion, que cette note serait consacrée aux cinq sens, et en particulier au fait que, de mon point de vue, l'ouïe est vraiment plus importante que la vue. D'ailleurs, j'ai carrément été sciée quand, dimanche soir, mon C&T, qui aime poser des questions incongrues, m'a demandé de but en blanc :

- Tu préfèrerais être aveugle ou ne pas avoir de bras ?

Sans hésitation, j'aime autant être aveugle.

- Tu préfèrerais ne pas avoir de bras ou ne pas avoir de jambes ?

Ben, pas de jambes.

Je vous rassure, notre joyeuse conversation s'est arrêtée là, mais je me suis dit qu'à l'exception d'Helen Keller, l'humanité toute entière serait certainement ravie de connaître mes élucubrations sur les bonheurs de ne pas être totalement sourde. Ensuite, le titre tournerait évidemment autour du "bon sens", je délirerais un peu sur le goût, et emballé c'est pesé en voilà une jolie note.

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Cependant, un événement imprévu nous oblig à modifier notre émission pour contester le bon sens que notre C&T, dans son grand aveuglement, a cru pouvoir nous attribuer. Notre C&T aime les plans ; nous aimons également les plans, mais uniquement parce que sans plans, nous sommes totalement prises au dépourvu, perdues, abandonnées avant même que la bise ne vienne. Notre C&T a TOUJOURS un plan sur lui. Pas nous.

Aujourd'hui, à 16h30, nous quittons la Gare Saint-Lazare, une belle fin d'après-midi devant nous ; c'est alors que la terrible, la saugrenue idée vient germer dans notre cerveau : "Ah ! Mais si nous en profitions pour aller au conservatoire du 16e pour voir la madame de l'animation et lui demander la liste des pianistes ? Ca ne doit pas être bien compliqué ! il suffit de descendre un peu et puis d'aller vers l'ouest."

J'éprouve soudain une certaine hésitation à poster ce qui va suivre ; mais baste, quiconque me connaît un tant soit peu sait déjà que mon sens de l'orientation laisse à désirer. Je jure sur l'honneur n'avoir en rien empiré les choses, noirci le tableauou quoi. J'aurais bien pris des photos pour en témoigner, mais je n'avais pas d'appareil ; vous vous contenterez donc de suivre les petit commentaires charmants qui ponctuèrent ce délicieux périple, cette Odyssée des mille dangers.

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1. Bon, allez, zou, on est partis ; voyons, on va commncer par aller gentiment vers le boulevard hausmann et puis on bifurquera vers l'ouest.

2. Alors, voyons voyons. Non, pas vers l'opéra, donc...hum... "Madeleine" ? Ca devrait nous aller pour commencer, on tournera encore un peu à droite après.

3. Toutouïoutou ! Déjà à Madeleine ! Vraiment, je suis trop forte, j'avais tort de penser que j'étais nulle pour m'orienter, je vais être au conservatoire en une demi-heure, vous allez voir.

4. Passage de la Madeleine... non, un passage, ça doit être une impasse, on va tourner après la place...

5. Gueuh, rue Royale, c'est vers Concorde ça....chuis trop au sud, faut aller vers l'Ouest ; hum...c'est quo cette rue ? Bon, on va dire... Euh...à droite, donc, on disait.

6. Tiens, c'est rigolo, il y a des drapeaux partout, par ici. Oh, tiens, le ministère de l'Intérieur ! Ah, j'savais pas que c'était rue... de Surène ? C'tait pas place Beauveau ? Bah bah... Décidément, en plus cette promenade est fort intéressante. Tout cela ne me dit pas par où il faut aller ; je vais quand même pas demander mon chemin à un flic... il risque de me tirer dessus... Continuons simplement vers la droite. Courcelles ? Ok.

7. Rue de La Boétie... Je crois qu'il y a un arrêt de bus qui s'appelle "Montaigne-La Boétie". Je dois être bien au sud, vive moi. Tiens, la salle Gaveau ; je la voyais plus au nord... Bah, continuons tout droit, on doit être en train de s'enfoncer dans le 8e.

8. ARGH ARGH ! C'est quoi ce bordel ???? Boulevard Hausmann ????? Mais ? Mais ? Bon, on respire un coup ; j'ai du faire un léger détour. Rha, toujours pas de plan... Miromesnil... Hum, je crois que c'est en plein 8e, cette rue, pour le coup, ça doit être par là.

9. ARGH ! ARGH ! Boulevard Malesherbes ???? Mais c'est encore plus au nord que Saint Lazare, ça, non ? Bigre de bigre ! où suis-je ? Où vais-je ? AAAAAAh ! Un Arrêt de bus ! Hum... Pour aller vers Charles de Gaulle il faut prendre la rue de Lisbonne. Allons rue de Lisbonne. Zut, il y a un bout de rue de Lisbonne de chaque côté ; ah, de ce côté là il y a la mairie, et c'est pas par là. Hum, sûr ? Retournons voir le plan. Oui, sûr. Alez, zou !

10. Ouais ! Place Rio de Janeiro ! je l'ai vue sur le plan ! J'ai REUSSI à prendre une rue dans le bon sens ! Allez, courage, on va yarriver !! Et un autre plan pour fêter ça ! Bon, arrêtons les stupidités, prenons les grandes avenues ; bon, je vais m'embêter à Etoile pour traverser la place, mais au moins je me paumerai pas.

11. Eh ben voilou ! Quand même ! Etoile ! J'ai pas dû prendre le chemin le plus court, mais bon... Ouah, c'est un peu pompeux quand même.

12. Oh, les Champs ! Décidément, promenade utile et originale (je me balade pas souvent sur les Champs ^^)

13. Décidément, c'est un peu longuet, cette traversée de la place.

14. Par là ? hum... Non, elle a l'air glauque cette avenue, pas très habitée.

15. Ah ! des immeubles illuminés au loin ! Je ne pensais pas qu'on voyait Beaugrenelle d'ici ! Tiens, un gros carré blanc... Gulps, la Défense. Euh... Repartons en sens inverse, euh... euh...

14 (bis) Par là ? Par là ? Beuh il fait nuit, et ya personne... Ouin, je crois qu'on va laisser tomber, prendre le métro et rentrer gentiment chez soi ! Métro ? Métro ? Où es-tu métro ?

13 (bis) Métr... ? Oh ! Un bus 52 ! Mais...il va vers La Fontaine, çui-là, il me semble ! Eh ! Joli bus ! Où vas-tu ? Montre-moi l'avenue ! Victor Hugo ? Ah bon ? Bon...

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Voilou voilou ; depuis l'avenue Victor Hugo, j'ai suivi docilement le trajet du bus, c'était quand même plus sûr d'autant que j'avais les yeux explosés à cause du vent, de la pollution et tout ça. J'ai cru que j'allais vraiment pleurer -de joie cette fis !- en voyant la "rue de Boulainvilliers", dont je sais quand même qu'elle tombe rue la Fontaine.

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Tout ça pour expliquer pendant cinq minutes à la gentille madame de l'animation qu'il me faut un gentil pianiste pour jouer n'avec moi, que non non je ne valide rien, que c'est une sorte de concert dont j'ignore comment on l'appelle dans les textes officiels (j'ai reçu un papier du programme de l'auditorium qui parle le 22 mais d'une audition de la classe de B. Noël, mais je n'oserais prétendre la représenter à moi toute seule ^^). Quelques "ah ...parce que j'ai pas encore entendu parler de concerts de ce genre" plus tard, histoire de bien me rappeler que les amateurs courent pas les rues dans notre joli conservatoire, je suis rentrée sagement chez moi. Deux heures de marche, quand même, au final. J'ai décidé de TOUJOURS avoir un plan sur moi, à l'avenir ; ou de militer pour la multiplication des plans dans Paris ; ou d'arrêter les plans foireux. J'étudierai la question.

14.11.2006

La vie, la mort, les vaches...

Quoi qu’aient pu laisser sous-entendre quelques récents commentaires, non, non, ce blog n’est pas mort, hahaaa, je suis encore là, tel le phénix renaissant de ses cendres, ou plus modestement la marmotte joyeuse sortant le bout du nez de son trou, au pays joyeux des monstres gentils, ce jardin pas loin où il suffit d’un peu d’imagination… ahem.

On dirait que je délire, avec mes histoires de phénix, mais sans vouloir m’enfoncer dans le macabre, la mort est de saison. Et je ne dis pas ça uniquement parce que pour la troisième fois de suite les « phrases de condoléances » apparaissent comme la première recherche menant au présent blog, quand au passage je n’ai assisté en tout et pour tout qu’à un seul enterrement dans ma vie, et que je n’ai pas prononcé la moindre phrase de quelque type que ce soit tellement j’étais mal à l’aise. Non, je ne suis pas morbide, qu’on se le dise ; et le noir ne me va au teint qu’accompagné d’un pull-over bien rouge.

Cependant, en ces temps de Toussaint – hum, j’suis un peu en retard, comme fille, pour ceux qu’auraient pas remarqué, tiens d’ailleurs faut VRAIMENT que je refasse ma carte d’identité -, donc je disais, en ces jours de Toussaint, en ce sinistre mois de novembre, officiellement catalogué mois le plus morose de l’année (ou c’est février ? je sais plus ; en tout cas ça se dispute), difficile de passer entre les têtes de mort, même si je dois reconnaître que le battage médiatique autour d’halloween a été plutôt soft cette année. Oh, rassurez-vous, pas plus que je ne me promène au père Lachaise avec un affreux bouquet de chrysanthèmes à la main le 2 novembre, pas davantage je ne me déguise en affreux squelette au joues creuses et aux dents sanglantes pour effrayer les petits n’enfants. Pour la mémé acariâtre que je suis au fond, ce ne serait pas très… enfin … non, ce n’est pas mon genre ; moi, ce que je fais, c’est que je me déguise en fille de psychanalyste tragiquement décédée de la tuberculose et le tour est joué ; autrement dit je me pointe comme je suis et je me rue sur le menu orange de ma chère mère, face à un Romain couronné de lauriers du même ton et à un pseudo Tom Cruise plus vrai que nature –donc effectivement assez effrayant ( :p). Ben quoi, faut bien que ça serve d’être le sosie de Sophie Freud.

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De même, l’idée que nous vivons une période absolument morbide ne m’est pas venue un soir glacial, pluvieux, gris Paris, alors que je rentrais chez moi le dos scié par mon merveilleux mais lourd violoncelle ; medium_rose.jpgnon, elle m’est venue en une après-midi dorée par les derniers rayons d’un soleil de bronze, sous un ciel mauve, face au jardin mordoré de la ferme cotentine de mes chers parents ; le cul sur l’espèce de terrasse en granit, les pious pious des perdrix aux oreilles, mon panier de pommes à la main, et ma mère en train de planter ses bulbes de tulipe dieu sait où, et puis elle aussi maintenant que j’y pense (non, ma mère n’est pas un écureuil). Ouais, en cet instant béni où j’aurais dû me trouver au fin fond d’un amphithéâtre endormi à écouter une conférence sur « De l’oral à l’écrit : le domaine latin », séchée sans remords pour avoir droit au moins à un week-end peinard, je me suis dit que si le paradis existait, il devait être assez proche de ma situation d’alors.

medium_IMG_9605.JPGBon, avec un petit C&T et quelques amis dans les parages, éventuellement… Mais sinon ça m’aurait bien botté, comme repos éternel ; non parce que, « l’enfer c’est les autres », merci bien mais quand on a toujours vécu dans une famille nombreuse la solitude c’est méchamment angoissant, alors ma solution serait d’avoir les gens que j’aime juste à portée de main. Et les mains en question pourquoi pas occupées à éplucher les pommes, oui.

Le plus amusant est que le bled en question s’appelant Les Pieux, ça semblait plutôt bien adapté comme lieu de villégiature pour un repos éternel. Enfin… Repos éternel… Entendons-nous ; comme ma mère – ou mes mères, devrais-je dire, je supporte assez mal le fait de rester strictement à ne rien faire. Oh, je ne suis pas comme ma grand-mère qu’on n’a aperçue à l’occasion somnolant dans un fauteuil que passés ses 77 ans, mais disons que j’aime avoir le mains occupées, et qu’aux Pieux elles ne manquent pas de l’être ; rha, ça y est, j’ai encore écrit une phrase qu’on pourrait mal interpréter, tant pis tant pis.

Novembre a cette année plus que jamais marqué le début de la fin, l’automne, le moment où les pommes cessent de mûrir et pourrissent au pied des arbres, où l’heure d’hiver raccourcit bigrement les journées des lève-tard dans mon genre, où même les plus optimistes re- dans mon genre ne peuvent que constater que, non, les arbres ne sont plus roux, mais chauves. Enfin… sauf mon n’arbre à moi que j’ai planté… Koulikouli qu’il est beau, mon pseudo érable !

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Nous venons, avouons-le enfin, de passer l’acmê de l’année, son paroxysme, son aboutissement glorieux, son bouquet final tout de feux pétaradants. Maintenant, l’année vire sénile jusque…mon anniversaire, environ (comment, vous trouvez que c’est égocentrique comme façon de voir ???).

Mais nous touchons précisément à ce où je voulais en venir : comme je l’ai dit avant le million de parenthèses précédentes, aux Pieux j’étais diablement occupée, entre les poires à cueillir, les pommes à peler, les compotes à cuire, les bocaux à stériliser, le violoncelle à entretenir, la laine à tricoter, Sophocle à annoter, le houx à repérer, les bulbes à planter, les arbres à pailler… et autres trucs en « er » qui doivent encore pouvoir se trouver. Si début novembre est la période la plus morbide de l’année, c’est aussi évidemment, car l’un ne saurait aller sans l’autre, celui où la vie n’apparaît que de façon plus éclatante. C’est incroyable le nombre de personnes déprimées en octobre que je croise et que me disent qu’ils se sentent vachement ragaillardis sans raison apparente. Mais c’est normal, moi ya rien qui me met plus en forme que de chanter à tue-tête des bouts de requiem (sauf peut-être getting better des Beatles) ; bon je suis peut-être un peu bizarre, mais à force de croiser des citrouilles évidées, on finit par se féliciter inconsciemment de n’en être pas encore arrivés à ce niveau de décrépitude, pas vrai ?

Moi, je vous le dis, faut se méfier des morts, ya rien qui ragaillardit davantage les vivants ; tenez, le grec ancien, c’est une langue morte ; il n’y a que les hypocrites pour dire « ancienne ». Ben, n’empêche que le grec moderne, sans grec ancien, n’existerait pas : parce que le jour où ces sacrés grecs ont fini par avoir un Etat grec, et qu’il s’est agi de trouver une langue qui convienne à tout ce beau petit monde de paysans ben d’chez eux, j’aime mieux vous dire qu’ils étaient bien contents de pouvoir injecter dans le patois de Nauplie tout le vocabulaire de leurs glorieux ancêtres, qui avaient le bon goût de ne pas parler que de leurs vaches

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(ceci uniquement pour caser une nouvelle photo des Pieux, prise par ma mère attendrie par la lumière illuminant le blond poil des petits veaux).

Donc, si on veut, le grec moderne est en vérité du grec zombie… j’imagine fort bien un gros oméga vert, qui s’avance vers moi en tendant des grands bras décharnés, d’où pendouilleraient lamentablement des lambeaux de peau… bon appétit si vous êtes à table !

Quoi qu’il en soit, même au niveau linguistique, donc, les morts sont en vérité de bons vivants, c’est moi qui vous le dis ; méfions-nous, méfions-nous. On croit devoir pleurer quand il faut rire aux larmes. C’est comme chez ce bon vieux Offenbach, qui compose des élégies tout à fait ravissantes ponctuées l’air de rien de nuances ridiculement exagérées et dont les mélodies semblent vous susurrer à l’oreille : « allez, allez ! encore une petite glissade, hihi ! » avant de se muer en sonneries de chasse. J’extrapole peut-être un peu, mais le bougre était violoncelliste, et je suis prête à parier qu’il savait pertinemment ce qu’il faisait. Adonc, amis, buvez, chantez, rien ne met tant en valeur les couleurs que le gris ; sortez la dinde en l’honneur de vos bons pères pèlerins, et farcissez-vous bien la panse en l’honneur de ces glorieux défunts.

J’avais promis d’insérer dans ma note une des photos du meugnifique CD glorieusement gagné sur le site de Mozart en Buffalos, mais c’est raté ; pour la peine, je reconnaîtrai qu’il n’y a pas qu’en automne ni au fin fond de la campagne normande qu’on peut se croire au jardin d’Eden.

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